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Peu connu du grand public, le COPIL sur l’errance canine réunit en Martinique les principaux acteurs concernés par les chiens errants, la divagation et la prédation sur les élevages. Derrière ce sigle administratif se joue une question plus large : comment répondre à une crise ancienne dont les conséquences touchent à la fois les animaux, les collectivités et le monde agricole ?

Document de présentation du COPIL consacré à la lutte contre l’errance, la divagation et la prédation canines. Source : Préfecture de Martinique, mai 2026.
Une crise ancienne, aux conséquences multiples
Chaque semaine ou presque, les réseaux sociaux martiniquais se remplissent de signalements de chiens abandonnés, de portées non désirées, d’animaux blessés au bord des routes ou de chiens aperçus en divagation dans les quartiers et les campagnes. Derrière ces publications se cache une réalité bien connue des associations, des vétérinaires, des collectivités et du monde agricole : l’errance animale est devenue, depuis de nombreuses années, l’un des défis les plus complexes auxquels la Martinique est confrontée.
Pour de nombreux citoyens, ces images sont souvent synonymes de souffrance, d’abandon ou de maltraitance. Pour les communes, elles soulèvent des questions de sécurité et de salubrité publique. Pour les éleveurs, elles peuvent avoir des conséquences dramatiques. En 2025, plus de 500 animaux d’élevage auraient été tués lors d’attaques attribuées à des chiens errants ou divagants. Depuis le début de l’année 2026, près de quarante attaques auraient déjà été recensées et plus de 360 animaux auraient péri selon les chiffres présentés lors du dernier comité de pilotage consacré à cette problématique.
Face à cette situation, les pouvoirs publics ont progressivement mis en place un outil de coordination encore largement méconnu du grand public : le COPIL, ou Comité de pilotage.
Une instance de coordination, pas une structure de terrain
Derrière cet acronyme se cache une instance réunissant différents acteurs concernés par l’errance animale. Services de l’État, collectivités, représentants du monde agricole, vétérinaires, gestionnaires de fourrière et associations de protection animale s’y retrouvent afin de partager des informations, suivre les actions engagées et coordonner les réponses apportées sur le territoire.
Contrairement à une idée parfois répandue, le COPIL n’est ni une fourrière, ni une brigade de capture, ni une structure opérationnelle intervenant directement sur le terrain. Son rôle est avant tout de piloter et de coordonner les actions menées par les différents acteurs compétents.
Des causes profondément humaines
Pour comprendre pourquoi une telle instance existe, il faut revenir à la nature même du problème. L’errance animale en Martinique ne résulte pas d’une cause unique. Derrière les chiens observés dans les rues, sur les plages ou dans les campagnes se cachent souvent des abandons, des reproductions non contrôlées, l’absence d’identification, des défauts de stérilisation ou encore des propriétaires laissant leurs animaux circuler librement.
Autrement dit, le chien errant n’est généralement pas à l’origine du problème. Il en est souvent la conséquence visible.
C’est précisément ce qui rend la question particulièrement complexe. Les chiens en errance sont eux-mêmes victimes d’une situation dont ils ne sont pas responsables. Pourtant, leurs conséquences peuvent être bien réelles pour les habitants, les collectivités ou les exploitations agricoles.
La capture, axe principal des réponses actuelles
Depuis plusieurs années, la réponse institutionnelle s’est progressivement structurée autour de la capture des animaux errants. C’est aujourd’hui l’axe le plus visible et le plus développé des actions présentées dans le cadre du COPIL. Les campagnes de capture, les opérations ponctuelles renforcées, l’amélioration des moyens d’intervention, la mobilisation des communes ou encore le développement des capacités d’accueil des fourrières occupent une place centrale dans les discussions et les dispositifs déjà mis en œuvre.
Cette orientation s’explique notamment par l’urgence de certaines situations rencontrées sur le terrain et par les conséquences parfois lourdes de la prédation canine sur les élevages.
La question des fourrières occupe ainsi une place importante dans l’organisation actuelle. En Martinique, l’AGPAM (Fourrière) constitue un acteur majeur du dispositif de prise en charge des animaux capturés. Créée en 1999 dans un contexte déjà marqué par les problématiques liées à la divagation canine, la structure participe aujourd’hui à la gestion des animaux recueillis dans le cadre des actions menées par les collectivités et les pouvoirs publics.
Cette mission reste cependant au cœur de nombreuses interrogations. Si la fourrière constitue un outil prévu par la réglementation pour gérer les situations d’errance, elle ne règle pas à elle seule la question du devenir des animaux ni celle des causes qui conduisent ces derniers à se retrouver à la rue. Les associations de protection animale rappellent régulièrement que derrière chaque capture se pose également la question du sort réservé aux animaux non réclamés. Cette réalité explique pourquoi le débat ne se limite pas à la seule efficacité des opérations de terrain mais s’étend également à la prévention et au bien-être animal.
Des solutions durables encore trop peu déployées
Au fil des réunions et des échanges publics, un constat semble d’ailleurs se dessiner bien au-delà du seul monde associatif. De nombreux vétérinaires, plusieurs associations de protection animale et même certains représentants du monde agricole reconnaissent que la capture peut répondre à des situations d’urgence mais qu’elle ne constitue pas, à elle seule, une solution durable.
Les éleveurs sont sans doute les premiers confrontés aux conséquences de la prédation. Pourtant, les échanges récents montrent que beaucoup d’entre eux ont pleinement conscience que l’élimination systématique des animaux errants ou leur simple retrait du terrain ne permettra pas de résoudre durablement le phénomène. Tant que les abandons, les reproductions non maîtrisées, l’absence d’identification ou la divagation continueront d’alimenter l’errance, de nouveaux chiens viendront remplacer ceux qui auront été capturés.
C’est pourquoi d’autres leviers sont régulièrement évoqués au sein du COPIL, même s’ils apparaissent aujourd’hui moins développés sur le plan opérationnel. La stérilisation, l’identification des animaux, la sensibilisation du public ou encore la responsabilisation des propriétaires sont souvent présentées comme des outils indispensables pour agir sur les causes profondes du problème plutôt que sur ses seules conséquences.
Cette différence est importante. Les dispositifs de capture sont déjà déployés et continuent de se renforcer. Les actions de prévention, elles, restent encore relativement limitées au regard de l’ampleur du phénomène. Beaucoup d’acteurs considèrent pourtant que leur développement sera indispensable pour espérer obtenir des résultats durables dans les années à venir.
Un espace de dialogue entre des réalités différentes
Comprendre le COPIL, c’est finalement comprendre que l’errance animale ne se résume pas à une opposition entre ceux qui voudraient protéger les animaux et ceux qui chercheraient à les faire disparaître. La réalité est bien plus nuancée.
Les associations souhaitent réduire le nombre d’animaux abandonnés, capturés ou euthanasiés. Les vétérinaires alertent sur l’importance de la prévention depuis de nombreuses années. Les éleveurs cherchent à protéger leurs troupeaux et leurs moyens de subsistance. Les collectivités doivent répondre aux attentes des habitants. Quant aux services de l’État, ils tentent de coordonner l’ensemble de ces enjeux parfois contradictoires.
Le COPIL ne résoudra probablement pas à lui seul le problème de l’errance animale en Martinique. En revanche, il constitue aujourd’hui l’un des rares espaces où ces différentes réalités peuvent être discutées collectivement.
Et c’est peut-être là sa fonction la plus importante.
Publié le 16 juin 2026
Rédaction Action Animale 972


