Pourquoi cinq félins ont-ils été saisis dans le Cher ?
Le 10 juillet 2023, une opération menée par l’Office français de la biodiversité (OFB) et la gendarmerie aboutit à la saisie de cinq félins dans un cirque Ricardo Zavatta installé à Santranges.
Parmi eux figurent quatre lionnes, Mascotte, Terga, Elsa et Princesse, ainsi qu’une tigresse blanche nommée Isis.
L’intervention intervient sur décision du parquet de Bourges. Les animaux sont retirés du site puis confiés à une structure d’accueil spécialisée.
À l’époque, plusieurs éléments attirent l’attention. France 3 Centre-Val de Loire rapporte notamment que des contrôles ont mis en évidence des animaux non pucés, des défauts d’origine ou de traçabilité ainsi que l’absence de cage de détente. Le média évoque également l’état de santé préoccupant de la tigresse blanche lors de sa prise en charge.
L’affaire reste alors essentiellement locale. Pourtant, elle ne fait que commencer.
Comment cette affaire a-t-elle débuté ?
Plusieurs mois avant la saisie, des associations de protection animale s’intéressent déjà à la situation des félins.
One Voice et Free Life affirment avoir suivi leur situation au cours des premiers mois de l’année 2023. Les deux organisations dénoncent des conditions de détention qu’elles jugent incompatibles avec les besoins de grands félins et multiplient les signalements.
Comme dans de nombreuses affaires liées à la captivité d’animaux sauvages, le dossier se construit progressivement. Les associations alertent. Les autorités contrôlent. La justice est ensuite appelée à se prononcer.
À Santranges, ces différentes étapes vont se succéder en l’espace de quelques mois.
Pour les associations, la saisie représente alors une étape majeure. Pour les animaux concernés, elle marque surtout la fin d’une vie passée dans un cirque itinérant.
Pourquoi la procédure a-t-elle duré plusieurs années ?
Après la saisie, l’affaire disparaît presque totalement du débat public.
Les félins ont quitté le cirque, mais la procédure suit son cours. Comme souvent dans ce type de dossier, plusieurs années s’écoulent entre les faits, les audiences et la décision attendue par les différentes parties.
Pendant cette période, One Voice continue de communiquer régulièrement sur le dossier. L’association évoque plusieurs échéances judiciaires successives avant qu’une audience ne se tienne finalement au printemps 2026 devant le tribunal correctionnel de Bourges.
Cette durée n’a rien d’exceptionnel. Les affaires impliquant des animaux saisis mobilisent souvent plusieurs acteurs, notamment les autorités administratives, le parquet, les associations et les structures d’accueil, et s’inscrivent dans des procédures qui dépassent largement le temps médiatique.
Pendant ce temps, Mascotte, Terga, Elsa et Princesse restent au cœur des attentes des associations qui suivent leur situation depuis leur départ du cirque.
Que sait-on de la décision annoncée en 2026 ?
Le 19 juin 2026, One Voice publie un communiqué consacré à l’affaire.
L’association annonce qu’une décision a été rendue deux jours plus tôt par le tribunal correctionnel de Bourges.
Selon One Voice, les quatre lionnes saisies à Santranges ont été définitivement confisquées. L’association indique également que deux des trois prévenus ont été condamnés à une interdiction d’exercer pendant cinq ans une activité impliquant des animaux sauvages non domestiques ainsi qu’à une amende. Un troisième prévenu aurait été relaxé.
Le communiqué mentionne également le décès d’Isis, la tigresse blanche saisie lors de l’opération de 2023.
Pour One Voice, cette décision marque l’aboutissement de plusieurs années de mobilisation autour du sort des félins.
Trois ans après leur saisie, Mascotte, Terga, Elsa et Princesse demeurent ainsi au centre d’une affaire devenue emblématique pour les organisations engagées contre la captivité des animaux sauvages dans les spectacles itinérants.
Pourquoi cette affaire intervient-elle à un moment particulier ?
L’histoire de ces cinq félins se déroule dans un contexte de profond changement.
En novembre 2021, le Parlement adopte une loi visant à lutter contre la maltraitance animale. Parmi ses dispositions figure la disparition progressive des animaux non domestiques dans les établissements itinérants.
Depuis l’adoption du texte, plusieurs mesures sont déjà entrées en vigueur. L’acquisition et la reproduction de certains animaux sont désormais encadrées, puis interdites dans les structures concernées.
La mesure la plus marquante reste toutefois attendue pour le 1er décembre 2028. À cette date, les établissements itinérants ne pourront plus détenir ni présenter au public des animaux non domestiques.
La saisie de Santranges intervient donc au début des dernières années de coexistence entre cette activité historique et le nouveau cadre fixé par la loi.
Que restera-t-il après 2028 ?
L’affaire Ricardo Zavatta ne résume pas à elle seule la question des animaux sauvages dans les cirques itinérants français. Elle en révèle toutefois plusieurs dimensions.
Elle rappelle d’abord que derrière les débats nationaux se trouvent des animaux bien réels, dont le devenir continue de susciter des interrogations.
Elle montre aussi le rôle joué par les associations, les autorités de contrôle et la justice dans l’application d’une réglementation appelée à transformer durablement le secteur.
Enfin, elle pose une question qui dépasse largement le cas de Mascotte, Terga, Elsa, Princesse et Isis : que deviendront les animaux encore détenus dans les établissements itinérants lorsque l’échéance de 2028 sera atteinte ?
Pour les associations de protection animale, la réponse passe par le développement de structures capables d’accueillir ces animaux dans des conditions adaptées à leurs besoins. Pour les professionnels concernés, elle implique une transformation profonde d’activités parfois exercées depuis plusieurs générations.
Trois ans après la saisie de cinq félins dans une commune du Cher, l’affaire Ricardo Zavatta apparaît ainsi comme l’un des nombreux épisodes d’une évolution déjà engagée. Une évolution qui, à l’approche de 2028, ne concerne plus seulement quelques animaux ou quelques établissements, mais l’avenir même des animaux sauvages dans les cirques itinérants français.



