Fin 2024, un reportage de Martinique la 1ère plaçait le pôle animalier de Carrère, au Lamentin, au centre d’une affaire particulièrement grave. Sous le titre « Société protectrice des animaux : signalement pour cruauté et maltraitance », le sujet présentait des témoignages et des documents mettant en cause les conditions dans lesquelles certains animaux auraient été manipulés et euthanasiés.
La Confédération nationale Défense de l’Animal, la CNDA, annonçait alors porter le dossier devant le parquet de Fort-de-France. Le signalement concernait la SPA et la fourrière de Martinique et reposait sur les témoignages de plusieurs lanceurs d’alerte.
Près de deux ans plus tard, que sont devenues ces accusations ?
Le contrôle réalisé quelques jours après le reportage n’avait relevé aucune non-conformité majeure. La SPAM avait fermement contesté les faits. Mais, au 22 août 2026, aucune condamnation pénale, peine ou sanction administrative liée aux faits dénoncés dans ce reportage n’a été rendue publique.
Et la suite donnée au signalement transmis au parquet reste, elle aussi, inconnue publiquement.
Des pratiques très graves dénoncées en 2024
Le reportage de Martinique la 1ère allait bien au-delà d’une critique générale du fonctionnement du pôle animalier.
À l’écran apparaissaient plusieurs extraits de documents explicitement présentés comme provenant de lanceurs d’alerte.
Parmi les pratiques dénoncées, certains animaux auraient été manipulés avec violence et déplacés à coups de pied. Le terme « écartelés » apparaissait également dans l’un des documents diffusés.
Les conditions d’euthanasie occupaient une place centrale dans les témoignages.
L’un d’eux affirmait qu’un produit létal aurait été injecté directement dans le cœur d’animaux encore conscients, maintenus de force au moment de l’injection.
Un autre décrivait l’utilisation supposée d’une cuve fonctionnant au dioxyde de carbone, dans laquelle plusieurs animaux conscients auraient pu être placés simultanément. Le document évoquait notamment des chiens, chats, chiots et chatons.
Le reportage montrait également une bouteille portant la mention « dioxyde de carbone », ainsi que différentes images d’animaux morts ou blessés.
La présence d’un tel matériel ou d’une image ne permet cependant pas, à elle seule, d’établir les conditions dans lesquelles il aurait été utilisé.
Bruno Navaro intervenait dans le reportage au nom de la Confédération nationale Défense de l’Animal. La CNDA indiquait avoir constitué un dossier à partir de plusieurs témoignages et porter l’affaire devant le parquet de Fort-de-France.
Ces accusations étaient donc suffisamment sérieuses pour faire l’objet d’un signalement judiciaire. Elles n’en constituaient pas pour autant des faits établis par une décision de justice.
Voir le reportage vidéo
Retrouvez l’extrait du reportage de Martinique la 1ère consacré au signalement pour cruauté et maltraitance au pôle animalier de Carrère.
Extrait vidéo : France Télévisions – Martinique la 1ère, 1er décembre 2024. Montage : Action Animale 972.
La SPAM conteste fermement les accusations
La réaction de la Société protectrice des animaux de la Martinique est immédiate.
Patricia Lowenski, présentée à cette période comme présidente de la SPAM, conteste les accusations. RCI résume alors certains des faits dénoncés par les termes « écartelés, gazés, piqués sans anesthésie », tout en précisant qu’il s’agit d’accusations portées contre la structure.
La crise prend rapidement une autre dimension.
Les salariés disent recevoir insultes et menaces après la diffusion de l’affaire. Le personnel exerce son droit de retrait et le site de Carrère ferme temporairement au public.
Le 7 décembre 2024, lors de l’assemblée générale de la SPAM, les responsables de l’association répondent publiquement aux accusations.
Ils considèrent notamment que plusieurs images ont été sorties de leur contexte.
Patricia Lowenski reconnaît néanmoins que certains aspects du fonctionnement doivent être améliorés, particulièrement le suivi des entrées et sorties et la dynamique d’adoption.
Elle explique également qu’une partie des animaux comptabilisés parmi les euthanasies arrivent déjà dans un état extrêmement dégradé, certains étant selon elle presque morts lors de leur admission.
La SPAM annonce parallèlement vouloir engager une procédure en diffamation contre les auteurs des accusations.
Aucune suite publique clairement identifiable à cette annonce n’a été retrouvée.
Quelques jours après le reportage, la DAAF inspecte Carrère
Dans ce contexte, une inspection administrative revêt une importance particulière.
Le 3 décembre 2024, la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt, la DAAF, procède à un contrôle de la SPA et de la fourrière.
Les services de l’État examinent notamment les conditions d’hébergement et la conformité du fonctionnement de l’établissement aux règles sanitaires et de protection animale.
La conclusion communiquée le lendemain est claire : aucune non-conformité majeure n’a été relevée.
La préfecture indique également que cette inspection confirme les conclusions d’un précédent contrôle.
Ce résultat constitue un élément important pour apprécier les accusations formulées quelques jours auparavant.
Il ne permet pas de présenter comme établies les pratiques dénoncées dans le reportage.
Mais il ne suffit pas non plus à répondre à toutes les interrogations.
Une inspection réalisée à une date donnée ne permet pas nécessairement de vérifier rétrospectivement chaque événement décrit par des témoins. Elle ne constitue pas davantage une décision judiciaire sur les faits ayant motivé le signalement au parquet.
Le rapport complet du contrôle, avec le détail des observations réalisées par les agents, n’est pas accessible parmi les documents publics facilement consultables. La principale conclusion rendue publique reste donc l’absence de non-conformité majeure.
Carrère ferme temporairement, mais pas sur décision administrative
La crise provoque néanmoins un arrêt d’une partie de l’activité.
Le 18 décembre 2024, la fourrière et le refuge ne reçoivent toujours plus de nouveaux animaux. Les adoptions restent possibles, mais les admissions sont suspendues.
Cette fermeture n’est pas présentée comme une sanction décidée par l’État après son inspection.
Elle intervient dans le contexte du droit de retrait exercé par les agents après les menaces et accusations dont ils disent avoir été victimes.
Sébastien Ordon, alors directeur général de la SPAM, explique à RCI que la direction souhaite protéger les salariés et envisage une reprise des admissions au début de l’année 2025, sans pouvoir alors annoncer de date précise.
Le contrôle administratif n’avait donc pas entraîné la fermeture du site pour maltraitance.
La SPAM fonctionnait encore en septembre 2025
La SPAM n’a pas disparu immédiatement après la crise.
Le 19 septembre 2025, France-Antilles se rend encore au refuge de Carrère et décrit une activité d’adoption. Des bénévoles de la Société protectrice des animaux de Martinique y accompagnent les visiteurs à la recherche d’un animal.
Le reportage permet également de rappeler une distinction importante : à Carrère, la SPAM et l’AGPAM sont deux associations juridiquement distinctes, même si leurs activités sont étroitement imbriquées sur le même site.
À cette date, France-Antilles rapporte qu’une dizaine d’agents de l’AGPAM sont mis à disposition de la SPAM.
Septembre 2025 constitue ainsi la dernière activité clairement documentée dans la presse retrouvée concernant le fonctionnement du refuge de la SPAM à Carrère.
En 2026, la SPAM existe toujours sur le papier
Depuis, la situation est beaucoup moins claire.
La SPAM n’est pas officiellement dissoute.
Les données du Répertoire national des associations et de l’INSEE, mises à jour le 22 août 2026, indiquent toujours la Société protectrice des animaux de la Martinique comme association active, sous le numéro RNA W9M3001664 et le SIREN 529 073 603.
Ces mêmes données indiquent toutefois 0 salarié en 2026.
Cela ne permet pas, à lui seul, de conclure à une fermeture, puisque l’association a déjà fonctionné avec des bénévoles et du personnel mis à disposition par l’AGPAM.
Son site internet reste également accessible et présente encore le refuge de Carrère ainsi que des horaires d’ouverture. Mais plusieurs informations qui y figurent sont anciennes et certaines pages consacrées à l’organisation de l’association ne sont manifestement plus à jour.
L’existence du site ne permet donc pas de confirmer que le refuge fonctionne actuellement dans les conditions qui y sont décrites.
À l’inverse, aucun document administratif retrouvé ne permet d’affirmer que la SPAM aurait été officiellement fermée ou dissoute.
La situation peut donc être résumée avec prudence : en août 2026, la SPAM existe toujours juridiquement, mais son fonctionnement opérationnel actuel n’est plus clairement documenté publiquement.
Près de deux ans plus tard, aucune sanction rendue publique
C’est probablement la principale interrogation laissée par l’affaire.
Le reportage de Martinique la 1ère faisait état d’accusations pouvant, si elles avaient été établies, relever de faits particulièrement graves.
La CNDA annonçait saisir le parquet de Fort-de-France.
Pourtant, près de deux ans après le signalement, aucune condamnation pénale concernant la SPAM, l’AGPAM ou leurs responsables pour les faits de cruauté ou de maltraitance dénoncés dans ce reportage n’a été rendue publique.
Aucune peine ni sanction administrative directement liée à ces accusations n’a davantage été identifiée publiquement.
Cela ne signifie pas qu’aucune investigation n’a été menée.
Il serait notamment impossible d’affirmer, en l’état des informations disponibles, que le parquet n’a jamais ouvert d’enquête, procédé à des auditions ou demandé des vérifications.
Il serait tout aussi imprudent d’affirmer que l’affaire a été classée sans suite.
Un classement, une enquête préliminaire ou d’autres actes de procédure ne sont pas nécessairement rendus publics.
En l’absence de communication du parquet ou d’une décision judiciaire accessible, le devenir précis du signalement annoncé en 2024 reste donc inconnu.
Et la question des euthanasies demeure
L’absence de condamnation liée aux accusations de 2024 ne fait pas disparaître toutes les interrogations concernant le devenir des animaux accueillis à Carrère.
Des données plus récentes montrent au contraire que la question mérite toujours d’être documentée précisément.
En 2025, environ 1 300 chiens ont été accueillis à la fourrière de Carrère, selon les chiffres communiqués par sa direction.
5,4 % ont été restitués à leur propriétaire et 7 % ont été repris par un refuge ou une association.
Les 87,6 % restants sont regroupés dans une même catégorie comprenant les chiens décédés et ceux euthanasiés pour raison sanitaire sur décision vétérinaire.
Ce chiffre ne signifie donc pas que 87,6 % des chiens ont été euthanasiés.
Il ne permet précisément pas de connaître la répartition entre les animaux décédés et ceux ayant fait l’objet d’une euthanasie.
Ces données ne prouvent pas davantage les faits dénoncés en 2024.
Elles montrent en revanche qu’une question reste sans réponse publique précise : combien d’animaux sont réellement euthanasiés chaque année à Carrère, et pour quels motifs ?
La distinction est importante. Une euthanasie décidée par un vétérinaire pour mettre fin aux souffrances d’un animal gravement malade ou blessé ne peut pas être assimilée automatiquement à un acte de maltraitance.
Mais pour comprendre le fonctionnement d’une fourrière, décès et euthanasies doivent pouvoir être distingués.
Une affaire dont il manque toujours la conclusion
Près de deux ans après le reportage de Martinique la 1ère, le dossier présente donc une situation particulière.
Des accusations extrêmement graves ont été rendues publiques.
Des témoignages et documents ont été transmis à une organisation nationale de protection animale, qui annonçait saisir le parquet.
La SPAM a contesté ces accusations.
Quelques jours plus tard, une inspection de la DAAF n’a relevé aucune non-conformité majeure.
Le refuge a ensuite repris son activité et fonctionnait encore au moins en septembre 2025.
Aujourd’hui, la SPAM reste officiellement une association active, même si son fonctionnement réel en 2026 n’est plus clairement documenté.
Et surtout, aucune condamnation, peine ou sanction liée aux faits dénoncés en 2024 n’a été rendue publique à ce jour.
Cette absence ne permet ni de conclure que les accusations étaient fondées, ni d’affirmer qu’elles étaient mensongères.
Elle laisse simplement une question essentielle sans réponse publique : qu’est devenu le signalement transmis au parquet de Fort-de-France ?
Classement sans suite, absence d’infraction constatée, investigations menées sans poursuites, procédure toujours en cours ou autre orientation : aucune de ces hypothèses ne peut aujourd’hui être présentée comme un fait établi.
Après le retentissement provoqué par le reportage de 2024, connaître la suite donnée à ce dossier permettrait pourtant de distinguer définitivement ce qui relevait de l’alerte, ce qui a pu être vérifié et ce que la justice a, ou non, retenu.
Par la rédaction d’Action Animale 972





Laisser un commentaire