Trois associations martiniquaises, deux associations guadeloupéennes et ARGOS42 ont participé ce dimanche 23 août à une visioconférence organisée par Action Animale 972. Pendant près de deux heures, les échanges ont permis de confronter les réalités de terrain des deux territoires : manque de familles d’accueil, relations avec les fourrières, frais vétérinaires, maladies, contraintes administratives et prévention de l’errance.
Aucune solution miracle n’est ressortie de cette rencontre. Mais l’expérience présentée depuis la Guadeloupe a permis de montrer que certaines relations entre fourrières et associations peuvent évoluer progressivement. En Martinique aussi, des rapprochements existent et se construisent à leur rythme, avec un objectif très concret : permettre à davantage d’animaux de sortir de fourrière lorsqu’une solution de prise en charge est possible.
Des difficultés qui se retrouvent des deux côtés
Malgré des organisations différentes, un problème est revenu régulièrement au cours de la réunion : celui des familles d’accueil.
Pour de nombreuses associations qui ne disposent pas de refuge, elles constituent une pièce essentielle du dispositif. Sortir un chien de fourrière, recueillir un animal abandonné ou prendre en charge un animal malade suppose d’abord de savoir où il pourra être hébergé.
Or les places manquent.
La difficulté concerne aussi bien la Martinique que la Guadeloupe. Une famille d’accueil peut rester disponible pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, et certaines finissent également par adopter l’animal qu’elles hébergent. Une bonne nouvelle pour l’animal concerné, mais une place temporaire qui disparaît alors pour le suivant.
Le recours à des pensions peut parfois offrir une solution, mais il entraîne rapidement des dépenses importantes pour des associations dont les ressources restent limitées.
Sur ce point, la situation des deux territoires n’est toutefois pas identique. La Martinique dispose de peu de solutions de refuge, alors que la Guadeloupe bénéficie de structures d’accueil plus établies, dont un refuge appartenant au réseau de La SPA.
En Guadeloupe, une collaboration avec la fourrière qui apporte un retour d’expérience
L’un des échanges de la réunion a concerné la relation entre associations et fourrière.
Une association guadeloupéenne a expliqué travailler déjà directement avec la fourrière de son territoire afin de permettre la prise en charge de certains animaux et leur orientation vers des solutions d’accueil.
Pour les associations martiniquaises présentes, ce retour d’expérience a permis de comprendre plus concrètement comment peut fonctionner ce type de partenariat : procédures, organisation des prises en charge, familles d’accueil et dialogue avec la structure de fourrière.
Il ne s’agit pas pour autant de présenter la Guadeloupe comme un modèle qu’il suffirait de reproduire à l’identique. Les réalités territoriales, les structures disponibles et les relations entre acteurs ne sont pas les mêmes.
Mais l’expérience montre qu’une relation entre fourrière et associations peut évoluer progressivement, y compris lorsque les positions de départ ne sont pas toujours les mêmes.
En Martinique, des rapprochements qui existent
En Martinique, les relations entre la fourrière et le monde associatif ont parfois été difficiles. La réunion a néanmoins permis de rappeler une réalité moins visible : des démarches de rapprochement sont aujourd’hui engagées.
Elles ne progressent pas toutes à la même vitesse et ne signifient pas que toutes les difficultés sont réglées. Mais des associations martiniquaises cherchent bien à développer des possibilités de collaboration avec la fourrière.
L’enjeu est immédiat.
Lorsqu’un animal peut être proposé à une association, encore faut-il que celle-ci dispose d’une famille d’accueil, d’une solution sanitaire, des moyens financiers nécessaires et du cadre administratif permettant sa prise en charge.
Faciliter les sorties ne dépend donc pas d’un seul acteur. Cela suppose que la fourrière, les associations, les familles d’accueil et les vétérinaires puissent intervenir dans une chaîne qui fonctionne réellement.
Parvovirose, dirofilariose et frais vétérinaires
La question sanitaire a également occupé une partie des échanges.
La parvovirose fait partie des difficultés rencontrées lors de certaines prises en charge. Très contagieuse, cette maladie peut avoir des conséquences graves, notamment chez les jeunes chiens, et impose une vigilance particulière lorsqu’un animal rejoint une famille d’accueil ou côtoie d’autres chiens.
En Martinique, la dirofilariose constitue également une préoccupation importante pour certaines associations. Transmise par les moustiques, cette maladie parasitaire peut nécessiter des traitements et un suivi vétérinaire longs et coûteux.
À cela s’ajoute plus généralement le poids des dépenses vétérinaires. Plusieurs participants ont évoqué des tarifs pouvant varier sensiblement d’un praticien à un autre selon les actes réalisés.
Pour une association prenant en charge plusieurs animaux simultanément, une succession de consultations, analyses, traitements, identifications ou stérilisations peut rapidement peser lourdement sur le budget.
La BNO, une contrainte peu visible derrière les familles d’accueil
La réunion a également permis d’aborder un sujet beaucoup moins connu du grand public : la Base nationale des opérateurs, ou BNO.
Cette plateforme concerne notamment les activités liées aux chiens, chats et furets exercées par les refuges, les fourrières et les associations sans refuge. Les familles d’accueil intervenant dans ce cadre doivent également être intégrées dans un dispositif de déclaration et de suivi.
Pour les associations, une famille volontaire ne représente donc pas uniquement une place disponible chez un particulier. Son accueil s’inscrit dans un cadre réglementaire comportant différentes formalités et obligations de suivi.
Ces règles participent à la traçabilité et à l’encadrement des prises en charge. Mais les associations ont également souligné la nécessité que ces démarches soient comprises et maîtrisées afin qu’elles ne deviennent pas un obstacle supplémentaire pour des bénévoles déjà difficiles à recruter.
Des lois existent, mais qu’en est-il de leur application ?
Un autre constat a traversé les échanges : pour plusieurs participants, certaines réponses existent déjà dans la réglementation mais restent insuffisamment appliquées sur le terrain.
L’identification des animaux a notamment été citée.
Lorsqu’un chien divague ou est abandonné sans pouvoir être relié rapidement à son détenteur, la prise en charge devient plus complexe et la responsabilisation du propriétaire beaucoup plus difficile.
Les associations présentes ont donc insisté sur l’intérêt de renforcer les contrôles et l’application des obligations existantes, plutôt que de concentrer les réponses uniquement sur les animaux une fois qu’ils sont déjà errants ou arrivés en fourrière.
Après l’amendement, revenir aux réalités du terrain
Cette visioconférence intervient quelques semaines après les débats autour de l’amendement 604 concernant les chiens errants dans plusieurs territoires ultramarins.
Action Animale 972 avait alors consacré un article à la mobilisation d’ARGOS42 après la suppression du volet permettant des opérations de « destruction » et à la volonté de l’association de poursuivre son action sur le terrain de la prévention.
La réunion du 23 août a permis de déplacer la discussion vers quelque chose de beaucoup plus concret : que se passe-t-il lorsqu’un chien doit effectivement être pris en charge ?
Derrière les grands débats sur l’errance apparaissent alors des questions beaucoup plus quotidiennes : où placer l’animal ? Qui paie les soins ? Comment travailler avec la fourrière ? Comment recruter une famille d’accueil ? Comment éviter les contaminations ? Comment faire respecter l’identification et les autres obligations qui doivent précisément empêcher qu’un animal se retrouve dans cette situation ?
Sur ces questions, Martinique et Guadeloupe ne partent pas du même point. Mais les échanges entre associations permettent aussi de regarder ce qui fonctionne ailleurs, ce qui pourrait être adapté et ce qui doit encore être construit localement.
La réunion n’avait pas vocation à régler en deux heures la question de l’errance animale aux Antilles. Elle a toutefois permis de mettre autour de la même table virtuelle des associations confrontées à des difficultés proches et de faire circuler des expériences qui, jusqu’ici, restaient parfois cantonnées à leur territoire.
Et lorsqu’il s’agit de permettre à davantage d’animaux de sortir de fourrière plutôt que d’y rester faute de solution, ce partage d’expérience constitue déjà une base de travail.
Par la rédaction d’Action Animale 972





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