Deux chiots vendus sur un marché, des hurlements dans un appartement, un jeune teckel très amaigri, puis cinq chiens retrouvés enfermés dans un sac de sport. Pendant plusieurs mois, l’affaire apparaît par fragments. Ce n’est que progressivement que ces situations vont être rapprochées d’un commerce présumé portant sur plusieurs centaines de teckels, principalement importés de Roumanie.

Le chiffre de 300 arrive à la fin, pas au début

Aujourd’hui, l’affaire est résumée par un chiffre : près de 300 teckels. Mais ce chiffre donne une image trompeuse de la manière dont les faits sont apparus.

Il n’y a jamais eu une opération au cours de laquelle 300 chiens auraient été découverts ensemble. Au départ, les animaux apparaissent par petits groupes, dans des circonstances très différentes. Une vente irrégulière sur un marché. Des chiens entendus derrière la porte d’un appartement. Un animal dont l’état inquiète une clinique vétérinaire. Quelques semaines plus tard, cinq jeunes teckels abandonnés près d’un lac.

Rien, dans ces premières scènes prises séparément, ne montre encore l’ampleur de ce qui sera ensuite soupçonné.

Le changement d’échelle intervient progressivement. Les mêmes teckels reviennent dans plusieurs lieux, les ventes se multiplient, les enquêteurs s’intéressent à leur identification et, en juin 2026, une cinquantaine de chiens sont découverts dans une maison de Saulx-les-Chartreux.

C’est à partir de là que les quelques animaux apparus au fil des mois prennent une autre dimension. L’enquête ne porte plus seulement sur des abandons, des conditions de détention préoccupantes ou des ventes irrégulières. Elle fait apparaître les contours d’un circuit présumé d’importation, de détention et de revente de teckels.

Le chiffre de 300 n’est donc pas le point de départ de l’affaire. Il est ce que l’enquête finit par faire émerger derrière une succession de situations qui, au début, ne semblaient concerner que quelques chiens.

Au départ, l’affaire ne ressemble pas à un trafic de 300 chiens

En septembre 2025, deux jeunes teckels sont saisis après avoir été vendus illicitement sur un marché. À ce moment-là, rien ne laisse encore entrevoir publiquement une affaire portant sur plusieurs centaines d’animaux.

Deux mois plus tard, à Leuville-sur-Orge, un habitant alerte après avoir entendu pendant plusieurs semaines les cris de jeunes chiens dans un appartement voisin. Le 12 décembre, trois teckels sont présentés dans une clinique vétérinaire. L’un d’eux, Milo, est décrit comme particulièrement amaigri, fragile et présentant un retard de croissance.

Neuf jours plus tard, huit jeunes teckels sont découverts dans l’appartement signalé. Selon les éléments de procédure rapportés par l’Association Stéphane Lamart, ils auraient été maintenus dans une cage inadaptée, sans eau ni nourriture.

Puis vient Brétigny-sur-Orge. Le 9 janvier 2026, des riverains découvrent près du lac de Carouges un sac de sport contenant cinq jeunes teckels vivants. Les chiens cherchent de l’air. Ils sont conduits chez un vétérinaire, saisis, puis confiés à Action Protection Animale.

À ce moment-là encore, ce sont surtout des animaux qui apparaissent, pas encore un système clairement visible. Un chien très amaigri dans une clinique, huit chiots dans un appartement, cinq autres abandonnés dans un sac. Des situations graves, mais dispersées entre plusieurs communes et plusieurs semaines.

Ce sont pourtant ces chiens qui vont donner un visage concret à une affaire qui, quelques mois plus tard, ne se comptera plus seulement en individus retrouvés, mais en dizaines puis en centaines de teckels reliés à un même circuit présumé.

À Saulx-les-Chartreux, l’affaire change de dimension

Le basculement intervient en juin 2026. Lors d’une expulsion locative à Saulx-les-Chartreux, les autorités découvrent cette fois une cinquantaine de teckels dans une même maison.

Le changement d’échelle est brutal. Jusqu’alors, les faits concernaient quelques animaux retrouvés dans des situations différentes. À Saulx-les-Chartreux, ce sont des dizaines de chiens qui apparaissent au même endroit, avec des conditions de détention décrites comme très dégradées dans les éléments de procédure rapportés par l’Association Stéphane Lamart.

Des animaux auraient été maintenus dans des espaces particulièrement exigus. Une chienne ayant récemment mis bas aurait été enfermée avec ses huit chiots dans environ un mètre carré. Une autre pièce, utilisée pour les mises bas, aurait contenu des chiens vivant au milieu des excréments.

Cette découverte ne crée pas à elle seule l’affaire des « 300 teckels », mais elle lui donne une autre cohérence. Les chiens retrouvés dans les mois précédents ne sont plus seulement des cas dispersés de vente irrégulière, d’abandon ou de mauvais traitements. L’enquête s’intéresse désormais à un volume beaucoup plus important d’animaux, à leur provenance, à leurs ventes et aux personnes qui les ont successivement détenus.

C’est aussi à ce moment que la dimension commerciale devient difficile à dissocier des conditions dans lesquelles certains chiens sont retrouvés. Selon les éléments rapportés par l’enquête, des teckels auraient été importés principalement de Roumanie avant d’être revendus en France, parfois à des prix pouvant atteindre 1 800 euros.

Derrière une race recherchée et des transactions potentiellement lucratives, l’affaire commence alors à montrer autre chose : un circuit présumé capable de faire circuler un nombre important de chiens tout en laissant apparaître, à plusieurs endroits, des animaux amaigris, enfermés ou abandonnés.

De la Roumanie aux petites annonces, le circuit se précise

À mesure que l’enquête progresse, les chiens retrouvés en Essonne sont replacés dans un circuit commercial plus large. Une partie des teckels aurait été achetée en Roumanie avant d’être revendue en France par l’intermédiaire de petites annonces.

L’une des deux femmes poursuivies aurait reconnu avoir acheté certains chiots autour de 500 euros en Roumanie pour les revendre environ 900 euros en France. D’autres teckels auraient été proposés jusqu’à 1 800 euros.

L’enjeu n’est donc plus seulement le nombre de chiens détenus dans une maison. Il concerne toute une chaîne : faire venir les animaux, les identifier, les enregistrer au nom d’un détenteur, publier une annonce, puis les céder à un nouvel acquéreur.

C’est ici que le rôle du vétérinaire entre dans l’affaire. Entre janvier 2025 et février 2026, 397 identifications canines lui sont attribuées dans les éléments de procédure rapportés par l’Association Stéphane Lamart. Plus de 300 concerneraient des teckels.

Ce volume attire d’autant plus l’attention que les enquêteurs auraient constaté des changements rapides de détenteurs, des coordonnées utilisées pour plusieurs propriétaires et des identités difficiles à vérifier. L’une des femmes aurait elle-même reconnu l’utilisation d’une fausse identité pour certaines opérations de puçage.

Le vétérinaire conteste avoir participé à un trafic. Mais pour les enquêteurs, l’identification devient un point de passage essentiel : elle permet à un chien importé d’entrer dans le circuit de la vente en France avec un détenteur enregistré.

L’affaire prend alors une forme beaucoup plus précise. Il ne s’agit plus simplement de dizaines de teckels retrouvés dans de mauvaises conditions. Les enquêteurs soupçonnent un système capable de faire entrer des chiens en France, de les identifier puis de les revendre, avec une marge pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros par animal.

« 300 teckels » : un chiffre spectaculaire qui peut aussi brouiller l’affaire

Le chiffre a naturellement pris toute la place dans les titres. Près de 300 teckels, l’image est forte. Mais elle peut laisser croire à une scène qui n’a jamais existé : 300 chiens découverts ensemble, dans un même lieu et dans les mêmes conditions.

Ce n’est pas ce que raconte l’enquête.

Ces quelque 300 teckels correspondent à l’ampleur du circuit soupçonné, notamment à travers les identifications réalisées et les mouvements de chiens examinés par les enquêteurs. La plus importante découverte physique reste celle d’une cinquantaine de teckels à Saulx-les-Chartreux.

La nuance est importante pour une autre raison. Rien ne permet de présenter les 300 chiens comme 300 victimes de mauvais traitements documentés. Pour certains, les conditions subies sont précisément décrites. Pour beaucoup d’autres, ce que l’on connaît surtout, c’est leur passage présumé dans le circuit commercial.

Mais le chiffre révèle autre chose : l’écart entre ce qui était visible au début et ce qui finit par apparaître. Les premières alertes concernaient quelques chiens. En remontant leurs parcours, leurs ventes et leurs identifications, les enquêteurs se sont retrouvés face à une activité d’une tout autre ampleur.

C’est peut-être là que réside le véritable vertige de cette affaire. Non pas dans l’image de 300 chiens enfermés au même endroit, mais dans la possibilité que plusieurs centaines d’animaux aient pu circuler individuellement, être identifiés, proposés à la vente et changer de détenteur avant que ces trajectoires dispersées ne commencent à former un même ensemble.

Le procès est désormais attendu le 21 octobre

Le 31 juillet 2026, les trois personnes poursuivies devaient comparaître devant le tribunal correctionnel d’Évry-Courcouronnes. L’affaire n’a finalement pas été jugée ce jour-là.

Selon une publication diffusée par des personnes présentes à l’audience, le procès a été renvoyé au 21 octobre 2026 à 13 h 30. Les trois prévenus resteraient sous contrôle judiciaire dans l’attente de cette nouvelle audience.

Ce rendez-vous judiciaire devra notamment déterminer les responsabilités respectives des deux femmes et du vétérinaire poursuivis. Ce dernier conteste avoir participé à un trafic. L’une des femmes aurait reconnu une partie des achats et reventes de chiens ainsi que l’utilisation d’une fausse identité pour certaines opérations de puçage, tandis que l’autre conteste son implication dans le trafic présumé. Les trois restent présumés innocents.

Le procès devra surtout mettre des responsabilités sur ce qui, pendant des mois, n’apparaissait que par fragments : des ventes, des chiens déplacés d’un détenteur à l’autre, des centaines d’identifications, mais aussi des animaux retrouvés amaigris, enfermés ou abandonnés.

Le 21 octobre, la justice devra dire si ces fragments formaient bien le système que l’enquête a fini par faire apparaître.

Par la rédaction d’Action Animale 972

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